Thèse de doctorat soutenue par l’Abbé Gabriel Makinisi à l’université de Francfort (Allemagne), le 22.10.2017

Thèse de doctorat soutenue par l’Abbé Gabriel Makinisi à l’université de Francfort (Allemagne), le 22.10.2017

Sur le thème :

L’ÉGLISE COMME FAMILLE DE DIEU. L’ecclésiologie de communion dans les rapports entre Rome et les Églises locales africaines.

 

Le centralisme n’est pas une nécessité par rapport à la structure originelle de l’Église: c’est la contingence des événements et facteurs historiques qui fait que l’Église de Rome ainsi que son pasteur (le pape) surtout soient progressivement passés d’un primat spirituel et moral (primat d’honneur dans l’exercice de la charité et de la promotion de l’unité) à un primat de juridiction de jure et de facto, dont le sommet a été atteint avec les définitions dogmatiques du concile Vatican I (1869-1970).

Dans la mesure où la prétention du pape et de l’Église de Rome à une primauté de juridiction de jure et de facto sur l’Église universelle met en péril son unité et amoindrit le droit d’auto-détermination des Églises locales, elle rencontre tant à l’extérieur (autres grandes Églises) qu’à l’intérieur (Églises locales) opposition et combat.

L’Église est un mystère de communion qui s’origine dans la Sainte Trinité et qui, conformément à la Tradition, se vit à trois niveaux: les Églises locales, les Églises régionales et l’Église universelle. Très aiguë au premier millénaire de l’Église, la conscience de l’Église d’être une communion d’Églises (communio Ecclesiarum) s’est progressivement estompée au second millénaire en proportion du pouvoir pris par la papauté sur l’épiscopat universel et sur les instances synodales et conciliaires de l’Église. Aussi, plus ou moins latent au premier millénaire, le centralisme papal est-il devenu de plus en plus manifeste au second millénaire et a-t-il conféré à l’Église une structure pyramidale.

Malgré son mérite immense, la redécouverte de l’Église comme communion par concile Vatican II (1962-1965) – notamment avec la mise en exergue de l’Église comme peuple de Dieu, de la revalorisation de l’Église locale et du ministère épiscopal, ainsi que de la collégialité épiscopale universelle – n’a pas empêché la résurgence du centralisme à outrance dans l’Église, contre lequel les efforts d’auto-détermination des Églises locales – en particulier celles africaines – s’insurgent véhément.

 

Pour n’avoir pas suffisamment tenu compte des particularités culturelles africaines, les théologies de l’évangélisation missionnaire du 19ème et de la première moitié du 20ème siècle n’ont pas pu conférer aux Églises africaines une personnalité et un visage africains propres, condition sine qua non pour qu’elles apportent leur contribution à l’édification du christianisme universel. C’est ainsi que, se concevant comme Familia Dei (Famille de Dieu) et exploitant les richesses socio-anthropologiques de cette notion, les Églises d’Afrique entendent proposer, à l’aide de la théologie de l’inculturation et de la réception faite du concile Vatican II, des structures africaines de l’ecclésialité: structures ecclésiales (avec les petites communautés chrétiennes de base), ministères laïcs (mokambi, animateurs pastoraux, assistants paroissiaux), etc., tout en espérant, autant faire se peut, que l’ecclésiologie du 21ème siècle s’articule vraiment entre autonomie et communion ecclésiales vécues (unité dans la multiplicité).

Abbé Placide Ponzo