Le sens des groupes spirituels d’initiation à la vie chrétienne au Congo

Le sens des groupes spirituels d’initiation à la vie chrétienne au Congo  

Introduction

Par le fait d’être créée à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1,26), la personne humaine est concomitamment appelée et envoyée à témoigner de l’amour de Dieu selon la vie qui lui est propre. Elle est choisie et destinée avant même la création du monde à contribuer à la réalisation du plan merveilleux de Dieu pour le salut du monde en Jésus-Christ (cf. Eph 1,1-14). Pour cela, la pédagogie divine instille peu ou prou l’amour dans le cœur de l’homme pour lui permettre de grandir et de mûrir, afin de porter des fruits qui demeurent (Jn 15,16).

Ainsi la mystagogie catholique s’attèle-t-elle à éduquer, former et préparer les chrétiens à s’enraciner dans l’amour de Dieu pour découvrir leur vraie vocation et répondre fidèlement à l’appel du Christ selon les modalités de vie qu’ils choisissent.  Cette mystagogie reconnaît le baptême, la confirmation et l’eucharistie comme sacrements d’initiation. Par eux sont posés les fondements de toute vie chrétienne avant que celle-ci ne se déploie graduellement : « Nés à une vie nouvelle par le baptême, les fidèles sont fortifiés par le sacrement de confirmation et reçoivent dans l’eucharistie le pain de la vie éternelle. Ainsi, par ces sacrements de l’initiation chrétienne, ils reçoivent toujours davantage les richesses de la vie divine et s’avancent vers la perfection de la charité » (CEC.1212).

Ces trois sacrements d’initiation « s’enchaînent pour conduire à leur parfaite stature les fidèles qui’ exercent, pour leur part, dans l’Eglise et dans le monde, la mission qui est celle de tout le peuple chrétien » (LG. 31) ». Dès le temps des Apôtres, devenir chrétien se réalisait par un cheminement et une initiation à plusieurs étapes. Bien que cette initiation ait beaucoup varié selon les communautés apostoliques, elle comporte toujours les éléments essentiels: l’annonce de la parole, l’accueil de l’Évangile entraînant une conversion, la profession de foi, le baptême, l’effusion de l’Esprit Saint, l’accès à la communion eucharistique (CEC. 1229).

Mais l’expérience de la foi a montré que l’espace chrétien devient vacant et s’effrite à l’issue des sacrements d’initiation. Comment pallier à ce déficit en assurant une formation permanente d’approfondissement de la vie chrétienne aux croyants dans leur cheminement ? Pour combler ce vacuum, l’église catholique au Congo a réagi en proposant différents groupes spirituels correspondant aux différents états de vie et tranches d’âge (enfance, jeunesse, vie matrimoniale, vie professionnelle, etc.) pour permettre aux chrétiens congolais d’inculturer, d’approfondir et de fructifier leur vie d’enfants de Dieu. Nous ne sommes pas sans savoir que la formation est essentielle dans le devenir chrétien.

S’agissant de la pédagogie de l’initiation, il sied de rappeler qu’il ne s’agit pas d’une simple formation théorique. Par contre, comme le notait si bien André Aubry, « l’école a des élèves qui apprennent un savoir, l’initiation a des disciples qui découvrent une vie ». La foi n’est pas seulement le fruit d’un enseignement, mais un don d’une rencontre personnelle avec Dieu accueilli et cherché de façon libre et consciente et d’une vie vécue au sein d’une communauté concrète d’amour, d’espérance et de foi.

 

LE GROUPE KIZITO-ANUARITE (groupe KA en sigle)

Le groupe KA est un mouvement d’action catholique pour les enfants de 7 à 14 ans vivant sous le patronage de Saint Kizito (martyr de l’Ouganda) pour les garçons et de la Bienheureuse Anuarite (martyre du Congo) pour les filles. Leur ambition est d’être témoins de Jésus-Christ même jusqu’au risque de leur vie. Leur cadre initiatique est la projection d’une vision du monde dans laquelle ils sont présentés comme des héros de l’amour, des martyrs (au sens étymologique de témoin) en route vers le lieu de leur supplice qui est le terme de leur formation et le début d’une vie nouvelle de témoin convaincu et impavide de Jésus-Christ vivant. Il s’agit au fait d’un passage au creuset comme de l’or qu’on affine et épure (cf. Ps 66,10 ; 1P.1,7), pour qu’il devienne plus brillant.

Pour atteindre leur idéal qu’est Jésus-Christ, les filles et les garçons suivent une formation parallèle de quatre étapes appelées «voyages», qui correspondent à quatre années scolaires. Chaque voyage expose un programme de trente leçons à adapter avec leurs milieux respectifs. Ils poursuivent leur cheminement guidés par six principes fondamentaux dénommés «POPVAP» en abrégé: Persévérance, Obéissance, Piété, Vérité, Amour et Pureté. Ces principes fondamentaux sont auréolés par la devise «Prenons courage» pour les garçons et «Servir et faire plaisir» pour les filles. Afin d’en faire des êtres équilibrés et utiles dans la société, leur initiation vise une formation intégrale avec des dimensions doctrinale, spirituelle, pratique, morale, humaine et civique.

Les quatre voyages sont désignés par des noms des localités parcourues par  Kizito ou Anuarite tout au long de leur «calvaire». Chacune des étapes est caractérisée par un slogan. Durant la première, les enfants désirent changer leur vie pour devenir la « meilleure version d’eux-mêmes » et ainsi être des baptisés conscients et fervents. D’où le slogan «Notre salut est dans la vie chrétienne». A la seconde, ils cherchent à assimiler leur foi chrétienne et à être bien initiés pour devenir des jeunes qui entraînent les autres vers le bien. D’où le slogan «Foi et bonté». À la troisième, ils apprennent à se saisir comme un don du ciel pour le monde en cherchant à devenir utiles dans la société suivant le slogan «Utiles dans la société». À la dernière étape, les KA achèvent leur formation par plusieurs épreuves, techniques et enseignements conformément au slogan «Toujours amis de la Vérité».

Appelés à devenir artisans de paix, les Kizito et Anuarite se saluent entre eux en disant «Salamu» (paix) et en répondant «Amani» (paix). Leurs responsables sont appelés «Yaya» (aînés) tandis que l’aumônier se dit «Mapera» (une déformation de «mon Père» qui date du temps de Saint Kizito).

Cette formule initiatique a été conçue par un groupe de huit grands séminaristes de l’archidiocèse de Kinshasa, le 17 novembre 1979 pour les Kizito, et par un autre groupe d’ecclésiastiques le 11 avril 1982 pour les Anuarite, dans le but d’encadrer les préadolescents entre l’âge de la catéchèse préparatoire aux sacrements d’initiation (principalement la communion et la confirmation, la majorité étant baptisés comme enfants) et celui de l’admission dans les «Bilenge ya mwinda» (jeunes de lumière), mouvement d’initiation chrétienne pour les jeunes à partir de l’adolescence, fondé en 1972 par Monseigneur Ignace Matondo Kwa Nzambi.

 

BILENGE YA MWINDA (BYM)

 

Le groupe spirituel « Bilenge Ya Mwinda » (Jeunes de lumière), inspiré de Jean 8,12 : « Je suis la lumière du monde, celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres; il aura la lumière éternelle de la vie », a émergé vers les années 1972. En effet, au cours de cette année, le pouvoir dictatorial mobutiste, avait, avec son idéologie de « retour à l’authenticité », interdit tous les mouvements des jeunes dans des églises. Pour l’église catholique qui est une des principales actrices de l’éducation nationale, ce phénomène ne pouvait entrainer que des victimes dont les principales sont les jeunes. Avec la nouvelle ère qui venait de se déclencher, les jeunes verront leurs mœurs se dégrader, occasionnant une explosion inquiétante de la délinquance juvénile. D’où la nécessité de mettre en place une pastorale qui fasse face à ces fléaux que les « Bilenge Ya Mwinda » appellent les « 5 D négatifs » (Débauche, Drogue, Débit de boisson, Détournement, Défoulement) dans le but d’aider la jeunesse à rentrer au sein de la mère église et à être encadrée par celle-ci. La mission a ainsi été confiée à Mgr. Ignace Matondo Kua Nzambi, alors vicaire à la Paroisse Saint Pierre de Kasa-Vubu à Kinshasa et aumônier des jeunes dans l’archidiocèse de Kinshasa.

Devant cette lourde mission, Mgr. Ignace Matondo Kua Nzambi, a choisi comme méthode pastorale expérimentale « observer-juger-agir » initiée par le Cardinal Joseph Cardjin. Il fallait attendre des occasions de grandes fêtes comme Noel, Nouvel an, Pâques, etc. pour voir comment la jeunesse, profitant des moments festifs étaient en proie à la permissivité. Dès la petite matinée Mgr. Matondo observait du balcon de la cure toutes ces scènes et voyait dans quel état les jeunes sortaient de différentes boîtes « Nganda ». Préoccupé par le sort de cette jeunesse en perdition, il décida de les approcher, de cohabiter avec eux et de faire d’eux ses amis en vue de les ramener dans le droit chemin et les attacher au Christ.

Plus le temps passait, plus les idées germaient et mûrissaient dans la tête de ce grand pasteur. Un jour, il proposa à ces amis (les jeunes) de former une chorale. Avec une poignée de ces jeunes une chorale vit le jour sous le nom de « Minzoto », qu’on a appelée parfois « Mwinda ya Bilenge ». Il y avait du talent dans cette chorale, elle chantait tellement bien que certains admirateurs n’ont pas hésité de surnommer ces jeunes les « Rossignoles du Christ ». C’était le début de la belle époque avec comme apothéose des prestations remarquables de cette chorale lors des grandes messes, des grandes cérémonies, que ça soit à Brazzaville ou à Kinshasa.

Par des recollections, des journées d’études et d’amitié, ce groupe a commencé à prendre fond et forme. Ainsi le groupe s’est-il dénommé « Bilenge ya Mwinda », (Jeune de Lumière), en abrégé « BYM » (cf. Jn. 8,12). Désormais, il ne sera plus question de s’arrêter seulement à la chorale ; il faudrait aussi approfondir leur formation spirituelle, morale et humaine.

Fort de son expérience vécue dans la façon de vivre dans nos différentes coutumes traditionnelles, principalement chez les Ngwaka en Equateur où il a grandi, Mgr. Matondo présentera aux jeunes un modèle de « tradition initiatique négro-africaine » inculturée dans l’évangile. La formation se donne par étapes successives et chaque étape propose – pour employer les termes de Mgr. Matondo – une « dose d’évangélisation ». Celle-ci conduit les jeunes jusqu’à « un certain degré de métanoia (conversion) libératrice et d’engagement » exprimé à la fin de l’étape dans une promesse. Toute parole prononcée ou expérience faite reste vide et stérile tant qu’elle ne suscite pas d’action concrète d’amour et de bien. Deux points essentiels sont donc à retenir dans cette méthode initiatique :

  • L’apostolat des jeunes par les jeunes: l’autoformation qui implique l’action des jeunes de se prêcher entre-eux.
  • Une évangélisation en communauté chrétienne vivante des jeunes, encadrés par les initiateurs.

 

De nombreux éléments que le groupe Bilenge ya mwinda empruntés aux traditions initiatiques africaines sont entre autres: une pédagogie de mort et de résurrection qui apprend aux jeunes à laisser mourir le vieil homme en eux et à ne plus vivre pour eux-mêmes. Ils recourent aux techniques et méthodes initiatiques telles que le rôle de l’initiateur (Bagaza) et des aînés, l’importance de la vie fraternelle dans le groupe d’âge, l’enseignement complété par des récits et des chants adaptés, le sens du symbole mis en œuvre dans de nombreux rites et célébrations, la conversation confiante avec l’accompagnateur ou initiateur dans la case  initiatique, des périodes de réclusion sous forme de retraites faites si possible en pleine nature, un langage spécial d’initiés s’exprimant dans les « mystiques », une série d’épreuves qui ne sont pas de simples exercices pénibles à passer, mais des efforts pour abandonner les comportements anciens et adopter le comportement nouveau du vrai initié et enfin les rites de passage marquant la transition d’une étape de l’initiation à une autre.

Ces épreuves sont une espèce de tests pour vérifier le degré d’intériorisation des techniques et des sagesses acquises dont la finalité est d’effacer chez les jeunes l’illusion d’une vie facile. «C’est à travers les épreuves que les initiés assimilent vitalement et expérimentalement le contenu de la formation qui leur est dispensée. Sans ces épreuves, les jeunes n’arriveront pas facilement à l’engagement et à la métanoïa libératrice». Ce sont des épreuves initiatiques, car le jeune doit être capable de surmonter les moments difficiles de la vie et de subvenir à ses propres besoins et à ceux de la communauté sans verser au minimalisme et à la fraude.

L’objectif primordial de l’initiation dans la tradition africaine est de favoriser la maturation graduelle de l’enfant pour en faire un adulte utile à la société. C’est ainsi que la tradition met sur pied un cadre formatif comprenant essentiellement trois étapes: la phase préparatoire, la réclusion et la renaissance.

L’étape préparatoire a pour objectif de disposer le candidat et toute la communauté à cette étape importante à la croissance humaine. En effet, toute la communauté se résout à régler tous les différends entre ses membres avant l’entrée des jeunes dans la formation initiatique.

La réclusion est le temps d’initiation proprement dite. Elle est la phase active d’apprentissage pour le néophyte, de remise en question et de remise de compte dans les divers domaines: technologie, arts et sagesse. Tout ceci se passe en dehors du village et de la vie ordinaire, dans un camp initiatique construit explicitement pour cette fin. La revalorisation de cette étape consiste à mettre en évidence le fait que toute la formation doit se dérouler dans une ambiance de mystère. La vie en effet est un mystère qui se révèle et qu’on accueille progressivement dans l’humilité et la gratuité. La formation initiatique est comme une plante qui s’expose aux rayons bienfaisants de la lumière taborique, pour se laisser transformer et s’épanouir. Cette illumination intérieure et extérieure, transforme radicalement la personnalité de l’initié: il devient un homme nouveau s’il s’y met entièrement.

Au terme de cette préparation générale à la vie sociale et communautaire, les nouveaux initiés rentrent solennellement à la communauté. La sortie de l’initiation est une sorte de résurrection pour l’initié qui justifie la rupture d’avec l’étape antérieure et qui marque le passage à la nouvelle vie qui commence.

Mgr. Matondo a appelé cette façon de vivre et d’être dans nos villages « mystique ». L’expression « mystique » est ici utilisée dans le contexte des jeunes congolais. Ces derniers, chaque fois qu’ils sont face à quelque chose d’un peu drôle, qui les dépasse et qu’ils ne comprennent pas vraiment, disent que c’est mystique. Ainsi les 16 mystiques sont des valeurs que les jeunes doivent essayer d’intérioriser et d’enraciner dans leur vie, parce que ce sont des valeurs du royaume des cieux. On a évité de les appeler „commandements“, parce que les jeunes n’aiment pas ce mot-là. Ce sont donc des secrets et recettes de la réussite de la vie des jeunes et même de l’Église. Il en est ressorti au début six mystiques ou codes de bonne conduite à savoir: la mystique de Bondeko (fraternité), la mystique de Makemba (bananier), la mystique de la Case Initiatique (apprentissage en suivant un aîné-modèle), la mystique de la Parole Créatrice, la mystique de la Force Vitale et la mystique du Palmier. Au fil du temps ces mystiques se sont élargies jusqu’à en compter aujourd’hui officiellement seize, entre autres la mystique de la Fourmi, la mystique de la Forêt, la mystique du Pêcheur à la ligne (patience et persévérance), la mystique de la bonne action, etc.

En somme, nous pouvons dire que la motivation du fondateur du mouvement « Bilenge Ya Mwinda » est née du spectacle d’une jeunesse désemparée, errant, sans guide ni idéal. Il fallait donc trouver une méthode efficace d’encadrement pour lui instiller une éducation intégrale adaptée aux valeurs de la culture négro-africaine, celle-ci filtrée dans le moule purificateur de l’évangile pour faire connaitre aux jeunes la haute personnalité de Jésus-Christ pris comme modèle et idéal d’un être accompli et d’une vie réussie, mais aussi comme mesure de tout projet de vie digne grâce à la cohérence de sa vie, de sa parole, de ses actes et de son destin.

Par ailleurs, afin d’accompagner et préparer les jeunes de la lumière désireux de se marier, une branche consacrée au mariage dénommé « Communauté Libala mwinda » (communauté mariage de la lumière) – « CLM » en sigle – émana du groupe « Bilenge ya mwinda ».

 

COMMUNAUTÉ LIBALA MWINDA

 

La Communauté Libala Mwinda est une association des couples mariés liés par le sacrement de mariage, qui désirent vivre leur vie d’époux et de parents selon une spiritualité conjugale et familiale propre selon l’esprit de l‘évangile. Les membres de la Communauté Libala Mwinda désirent poursuivre les objectifs suivants: „s’entraider entre foyers à vivre pleinement leur vocation d’époux et de parents chrétiens par la formation, les échanges et la prière, par l’amitié et l’entraide fraternelle et aider les jeunes à se préparer au mariage en créant, animant et accompagnant des groupes des fiancés.

C’est en 1978, que le père jésuite Johan Allary a, à la demande de quelques „abugaza“, lancé les premières recherches sur la pastorale des fiançailles et du mariage sur fond de la culture bantoue. Le premier groupe des fiancés a démarré vers 1979-1980. Les deux premiers mariages « Libala Mwinda » ont été bénis par lui en 1982. Et comme ces deux premiers couples lui lançaient la question: „Vous n’allez tout de même pas nous abandonner maintenant?“ qu’il a commencé en 1983 le premier groupe de foyer « Libala Mwinda ». Ainsi, la Communauté Libala Mwinda a-t-elle été fondée en 1983 à Kinshasa par les Pères Johan ALLARY s.j. et Frank ROELANTS S.V.D. ainsi que la Soeur Maria Paz Amparo m.x.j.

 

FAMILLE CHRÉTIENNE

A l’instar d’autres pays africains encore solidement ancrés dans leurs traditions, us et coutumes, les familles congolaises sont aux prises avec les défis de la culture moderne insufflée par les vagues du mimétisme occidental et de la mondialisation.

Tout ce qui est négatif et venant de l’Occident, constitue aujourd’hui un défi majeur. Dépourvus de repères et de modèles à la suite de la démission des parents, des éducateurs et des pouvoirs publics, les jeunes sont abandonnés à leur triste sort et se voient baignés dans toutes les eaux. C’est la brèche par laquelle des antivaleurs font une invasion massive dans notre culture et menacent actuellement les fondements de la société congolaise dans ce qu’elle a de plus sacré, la famille.

Témoin de ces menaces et risques majeurs d’acculturation et de syncrétisme indigestes pour les générations présentes et futures, la « communauté famille chrétienne » créée depuis 1996, et défendant les valeurs chrétiennes de la famille au sein de l’Eglise catholique, s’est assignée comme mission de consolider la famille par la diffusion des valeurs chrétiennes de la famille afin de lutter contre les antivaleurs, en livrant un message conforme aux enseignements de l’église et en s’efforçant de les prêcher par l’exemple. Et pour réussir ce combat, elle entend aussi s’appuyer sur les médias modernes.

C’est dans ce cadre qu’elle a organisé du 8 au 10 novembre 2013, au Centre Béthanie à Gombe, un atelier de formation de trois jours pour les journalistes de Kinshasa.

 

LE RENOUVEAU CHARISMATIQUE

Le groupe du „renouveau charismatique“ a pris naissance en milieu protestant et est devenu par la suite l’occasion des rencontres œcuméniques entre frères et sœurs de différentes confessions chrétiennes.

Dans l’Église catholique, il s’est développé d’abord chez les laïcs avant que les prêtres ne s’y joignent. Il est un don de Dieu à l’Église et un moyen qui aide chaque chrétien à prendre davantage conscience de la présence et de l’action de l’Esprit-Saint reçu au baptême et à la confirmation dans sa vie. Et le fruit principal de l’Esprit-Saint est l’amour de Dieu et du prochain, la conversion intérieure, le renoncement, la redécouverte de Jésus, le goût de l’Écriture sainte, l’expérience renouvelée de la communauté chrétienne et l’engagement réel au service de la communauté et de la société.

Déjà, en 1975, le Pape Paul VI déclarait que les manifestations du Renouveau charismatique sont variées: communion profonde des âmes, contact intime avec Dieu dans la fidélité aux engagements pris lors du baptême, prière souvent communautaire où chacun s’exprime librement, aide, soutient, nourrit la prière des autres et, à la base de tout, une conviction personnelle qui n’a pas sa source uniquement dans un enseignement reçu par la foi mais aussi dans une certaine expérience personnelle de foi vécue. Il apert que sans Dieu l’homme ne peut rien et qu’avec lui,  tout devient possible (cf. Jn 15,5). D’où ce besoin de le louer, de le remercier, de rendre grâce et de célébrer les merveilles qu’il opère partout, autour de nous, par nous et en nous.

Le renouveau charismatique suscite un réveil spirituel considérable. Beaucoup de laïcs s‘engagent dans le travail pastoral. Il apporte un souffle nouveau dans les églises locales par le fait que plusieurs personnes adhèrent à la foi ou encore ravivent leur foi devenue tiède (cf. Ap. 3,15-16). Avec les sessions de formation, la lecture de la Bible, la prière plus approfondie, de nombreuses conversions se sont produites chez les jeunes comme chez les adultes. Des responsables du renouveau charismatique organisaient de nombreuses activités pour attirer les membres: effusion de l’Esprit, impositions des mains, confessions des fautes, des récollections.

Pendant les rencontres, l’Esprit est à l’œuvre, car les participants prient de façon spontanée et plusieurs parlent en langue pour souligner la manifestation de l’Esprit. Mais il faut reconnaître que le renouveau charismatique s’est développé précisément dans un contexte où beaucoup de familles connaissaient de sérieuses difficultés morales et matérielles: le chômage, le manque de ressources pour les besoins indispensables, les souffrances morales dues aux divorces et aux infidélités, etc. Ces difficultés ont poussées les gens à rechercher le courage et le soutien dans le renouveau charismatique. C’est dire que les motivations de ces chrétiens au départ ne sont pas très claires. Nombreux sont ceux qui cherchent à y découvrir le merveilleux, les guérisons exceptionnelles, obtenir la protection et la sécurité, la richesse ou la libération de leurs souffrances.

L’avantage de cette pastorale du renouveau est de toucher beaucoup de personnes à un niveau personnel profond et de les orienter vers Dieu. Car, pour beaucoup de gens la découverte personnelle de la foi signifie une appréciation nouvelle du rôle des charismes prophétiques. À quelques extrapolations près qu’il faut toujours canaliser et ordonner, cette pastorale fait surtout redécouvrir aux chrétiens la lecture et la connaissance ecclésiale et personnelle de la Bible, des sacrements, de la liturgie, de la Vierge Marie et de la large vision et de l’importance des charismes et d’engagement social.

Loin d’être un repliement sur soi, une fuite de responsabilité, la vie de prière dans le renouveau doit développer chez les chrétiens un sens plus large de leur apostolat et une prise de conscience des charismes qu’ils sont censés mettre au service de la communauté. C’est dans ce cadre que l’engagement de plusieurs membres du renouveau dans les activités pastorales et sociales de leurs paroisses et des actions variées des groupes de prières à l’endroit des malades, des pauvres et des nécessiteux s’avère un enrichissement indubitable pour l‘église. Car, tous apprennent que c’est l’action de l’Esprit-Saint qui guide le peuple de Dieu.

 

CONCLUSION

Au-delà des groupes spirituels susmentionnés, il sied de noter que plusieurs autres groupes d’action catholique éclosent par-ci, par-là (certains sont d’origine locale et d’autres d’origine internationale, tels que le focolari, les Gen, les scouts, les Xavéri, les Archanges, la légion de Marie, les différentes fraternités, etc.

Pour celles et ceux qui veulent se réaliser dans la vie consacrée, chaque paroisse organise des groupes de vocation pour aider les jeunes à discerner et à authentifier leur vocation, afin de mieux les orienter dans la vie consacrée et les aider à choisir l’institut religieux où ils peuvent le mieux valoriser et déployer leur vocation et leurs charismes.

Eu égard à tout ce qui précède, force est de noter que notre vie chrétienne est comme de l’argile entre les mains du potier. Il faut constamment la travailler et la retravailler jusqu’à lui imprimer graduellement la forme idéale nécessaire (cf. Jer. 18,1-4), afin que conformément à leurs promesses de baptême, les chrétiens congolais puissent rayonner en menant une vie fructueuse qui plaise à Dieu (cf. Lc 3,22) qui soit une bénédiction pour leurs frères et sœurs.

 

Abbé Placide PONZO